Mon père.
Mon père était mon modèle, mon héros, un Indiana Jones à l’allure de Bruce Willis agrémenté d’un zeste d’Homer Simpson.
Il savait construire des cabanes suspendues, retapait des voitures anciennes, pouvait tout réparer…il m’a appris à être débrouillarde, autonome, à prendre soin des animaux, à kiffer la nature, la vitesse et le goût du risque, c’était un peu mon prof castor junior!
Il a contribué à, certainement sans le vouloir, exacerber ma part masculine.

J’ai souffert de son absence démonstrative de sentiments même si elle peut être justifiable par son enfance compliquée, élevé au sein d’une famille pauvre, fils d’une infirmière et d’un connard. Eduqué à moitié par sa voisine marocaine, mère de famille elle aussi, puisque sa propre mère travaillait beaucoup pour maintenir le foyer.
Quand il eut assez de force et de courage, il pria son père d’aller se faire foutre ailleurs. Ce qu’il fit.
Mon père est mon héros pour des raisons qu’il ne soupçonne pas.
Je me souviens de lui en train de me décrire son enfance, les joints qu’il fumait, les bagarres, les petit larcins, les concerts de reggae, la loi de la rue... il me racontait tout cela sans jamais oublier de ponctuer ses histoires de « c’est pas bien ce que j’ai fait! Il ne faut pas le faire! C’est mal! » tout ça, tout ça...
Et bien moi ce que je voyais dans le micro-sourire qui arborait son visage lors de ses confessions c’était:
« Putain qu’est-ce que je me suis amusé quand même! La liberté, la désinvolture, le droit à l’erreur c’est quand même plus sympa! VIVRE!»
Évidemment cette interprétation est mienne, je doute que se furent ses pensées... mais quand même! Dans les mots qu’il employait je sentais une certaine fierté à me raconter qu’il avait été un petit loubard. Peut-être est-ce pour cette raison que j’ai aimé beaucoup de mauvais garçons?
Il faisait des blagues qui avaient le don d’exaspérer ma mère, des blagues de cul, sachant très bien que ça passait moyen aux yeux de l’éternel... moi je l’ai toujours trouvé très drôle, assez boute-en-train et pas le dernier à faire de gentils sales coups qui le faisaient marrer. J’imagine que je lui dois aussi d’avoir de l’humour et de l’autodérision, ce cadeau d’aimer intarissablement se faire rire toute seule.
Avec lui on regardait plein de films ! Tous les Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Mel Gibson, Bruce Willis.... tout le gratin musclé des années 80!
Tous ces incroyables modèles de courage et de testostérone aux corps luisants et à la blague machiste ont bercé mon enfance et auront eux aussi forgé mon côté intrépide.
Avec mon père nous avions un film que nous aimions particulièrement et que nous avons dû voir 273 fois: « Over the top » où Stallone incarne un père qui fait tout pour récupérer son fils, dont le grand-père (The bad guy) a la garde. Une histoire de concours de bras de fer pour gagner un gros camion de routier et leur donner la possibilité à lui et son fils de parcourir les États-Unis ensemble. Père et fils, enfin réunis...
J’imagine que n’étant pas très démonstratif, c’était une manière de nous identifier et de me dire combien il m’aimait. Ce que j’y ai vu moi c’était un moment privilégié avec lui, une symbiose.
Mon père est une bonne personne mais aussi un colérique, un mec de la vieille école qui a eu une éducation à l’ancienne et ce, avant même d’être intronisé chez les témoins de Jéhovah. Ce qui faisait de lui un homme au caractère difficile, que nous subissions. Surtout ma mère qui était plus douce, gracile, romantique et sentimentale. Ce n’était pas évident entre eux, pour personne d’ailleurs...
Ayant plutôt tendance à avoir la moquerie facile et à me dire ce qui n’allait pas chez moi, j’imagine que ce côté-là m’a rendu peu sûre de moi. Cette sensation de ne jamais être assez... pas assez forte à l’école, pas assez cool, pas assez exemplaire, sainte, ou spirituelle. Ajoutez à ça la bonne vieille culpabilité judéo-chrétienne latente et vous obtiendrez un doux mélange pour l’estime de soi.
J’imagine que peu importe les parents, les croyances, notre éducation ou le statut social, tous les enfants font face aux même problématiques.
Je ne suis pas unique et je ne prétends pas l’être. J’ai juste la sensation que d’une certaine manière ce qui détermine qui on devient, c’est notre façon de nous défaire de ces schémas, traumas et névroses. À déterminer notre capacité à se trouver, se connaître, s’apprécier pour finalement s’aimer! On apprend à composer avec toutes ces étapes de « guérison » pour écrire sa propre symphonie.
Bref, même si ça n’a pas toujours été évident, mon père m’aime et j’aime mon père. C’est tout ce qu’il y a à retenir.
Je t’aime Papa.


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